La transition vers l'électromobilité est un enjeu d'aménagement du territoire. Les collectivités ont un double rôle à jouer : équiper leur propre flotte pour montrer l'exemple (conformément à la Loi LOM) et déployer une infrastructure de recharge publique cohérente pour rassurer les usagers et favoriser l'adoption du véhicule électrique.
Le Schéma Directeur (SDIRVE)
Avant de poser la première borne, il faut planifier. Le déploiement anarchique de bornes coûte cher et ne répond pas aux besoins. Le Schéma Directeur de Développement des Infrastructures de Recharge (SDIRVE) est un outil de planification stratégique à l'échelle d'une commune ou d'un EPCI.
Pourquoi faire un SDIRVE ?
- Diagnostic territorial : Analyser l'existant, les flux de trafic pendulaires, les zones commerciales et les zones blanches.
- Planification pluriannuelle : Définir le nombre de bornes, leur puissance (AC ou DC) et leur localisation précise à horizon 3-5 ans.
- Avantage financier majeur : Le SDIRVE validé par le Préfet permet d'obtenir un taux de réfaction de 75 % sur les coûts de raccordement au réseau public de distribution d'électricité (TURPE), au lieu des 40 % habituels. C'est une économie considérable sur le génie civil.
Bornes sur voirie : Les enjeux techniques
Installer une borne sur le domaine public est bien plus complexe qu'en domaine privé. Il faut gérer le génie civil, le raccordement électrique et l'expérience utilisateur grand public.
Robustesse & Vandalisme
Les bornes de voirie doivent être certifiées IK10 (résistance aux chocs maximale) et traitées anti-graffiti. Elles doivent résister aux intempéries et aux tentatives de dégradation.
Interopérabilité (Gireve)
C'est une obligation légale : La borne doit être accessible à tout utilisateur, avec ou sans abonnement. Le paiement à l'acte (par carte bancaire ou QR code) est obligatoire. L'itinérance via la plateforme Gireve permet aux abonnés de toutes les cartes (Chargemap, Shell, Total...) de se charger.
Signalisation & PMR
Les places de recharge doivent être clairement matérialisées (peinture verte, panneau M6i). Un quota de places doit être accessible aux Personnes à Mobilité Réduite (PMR), ce qui impacte l'implantation de la borne (hauteur de l'écran, espace de circulation).
Raccordement électrique
Deux choix : créer un nouveau Point de Livraison (PDL) Enedis dédié (plus cher mais plus de puissance) ou se repiquer sur le réseau d'éclairage public (complexe car souvent coupé le jour, nécessite des travaux d'adaptation).
Électrification de la flotte municipale
La Loi LOM impose des quotas de renouvellement de véhicules à faibles émissions pour les flottes publiques (30 % depuis 2021), comme le détaille l'AMF. Pour charger les Kangoo des services techniques, les Zoé de la police municipale ou les bennes à ordures électriques, il faut des infrastructures dédiées au dépôt (Centre Technique Municipal).
- Charge lente (nuit) : Pour les véhicules légers qui ne roulent pas la nuit. Coût faible (Wallbox 7kW).
- Charge rapide (DC) : Pour les véhicules qui tournent en 2x8 ou les poids lourds (Bennes) qui ont de grosses batteries et doivent repartir vite.
- Supervision : Pour suivre la consommation de chaque service (Espaces Verts, Police, Voirie) et permettre une refacturation analytique interne.
Aides Advenir pour le public
Le programme Advenir propose des primes spécifiques pour encourager les collectivités à équiper le domaine public.
| Type de projet | Montant de l'aide (2025) |
|---|---|
| Borne sur voirie (Ouvert public) | Jusqu'à 2 700 € par point de charge (selon puissance). |
| Flotte municipale (Privé) | Non éligible si fermé au public (sauf exception poids lourds via appels à projets spécifiques). |
| Modernisation de bornes obsolètes | Prime spécifique pour remplacer le vieux matériel non communicant installé avant 2017. |
Questions fréquentes
Le SDIRVE est-il obligatoire pour installer des bornes ?
Non, il n'est pas juridiquement obligatoire. Cependant, il est fortement recommandé car il permet de bénéficier d'un taux de réfaction de 75 % sur les coûts de raccordement (au lieu de 40 %), ce qui représente une économie de plusieurs dizaines de milliers d'euros sur un projet. De plus, il structure votre déploiement sur le long terme et évite les installations anarchiques. Consultez le décret n°2020-870 relatif aux infrastructures de recharge.
Peut-on installer des bornes réservées aux agents municipaux ?
Oui, mais ces bornes ne seront pas éligibles aux aides Advenir car le programme ne finance que les points de charge accessibles au public. Pour les flottes municipales, vous devrez financer l'installation sur budget propre, éventuellement via des aides locales (Région, ADEME) ou le Fonds Vert. Seule exception : certains appels à projets spécifiques pour l'électrification de flottes de poids lourds.
Combien coûte une borne de voirie, aides déduites ?
Pour une borne AC 22 kW double point de charge :
- Coût total : 8 000 à 12 000 € (fourniture +
pose + génie civil + raccordement)
- Aide Advenir : 2 700 € par point de charge
× 2 = 5 400 €
- Reste à charge : 2 600 à 6 600 € selon la
complexité du raccordement
Le génie civil représente souvent 40 à 50 % du coût total. D'où
l'importance du SDIRVE pour optimiser le raccordement
électrique. Pour plus d'informations, consultez
le programme Advenir.
Quelle est la différence entre un marché de concession et un marché de travaux ?
Marché de travaux : La collectivité finance
l'installation et reste propriétaire. Elle gère l'exploitation
(maintenance, supervision) et encaisse les revenus de
recharge.
Marché de concession (DSP) : Un opérateur
privé finance, installe, exploite et entretient les bornes
pendant une durée déterminée (10-15 ans). Il garde les revenus
de recharge et peut verser une redevance à la collectivité. La
collectivité ne débourse rien mais perd le contrôle et les
revenus.
Le choix dépend de vos contraintes budgétaires et de votre
volonté de garder la maîtrise du service public. Pour plus de
détails, consultez le
guide de la direction générale des collectivités locales.
Comment définir une tarification équitable et attractive pour les bornes publiques de ma collectivité ?
La politique tarifaire des bornes de recharge publiques est un enjeu stratégique qui conditionne à la fois l'équilibre économique du service et son attractivité pour les usagers. Une tarification inadaptée peut conduire soit à un déficit chronique (tarif trop bas), soit à un faible taux d'utilisation (tarif trop élevé). Voici les principes de construction d'une grille tarifaire efficace :
1. Couvrir les coûts de fonctionnement (OPEX) :
Le tarif doit d'abord permettre de
couvrir les coûts récurrents d'exploitation
du service, même si l'investissement initial (CAPEX) a été
subventionné. Les OPEX annuels par borne comprennent :
• Coût de l'électricité : 0,18-0,25 €/kWh en
tarif C5 professionnel (selon puissance souscrite et heures
creuses/pleines).
• Maintenance préventive et curative :
300-600 €/an/borne selon puissance (AC moins cher que DC).
•
Abonnement à la plateforme de supervision
(OCPP, télégestion, facturation) : 100-250 €/an/borne.
• Télécommunication (4G/5G ou fibre pour
connectivité) : 50-150 €/an/borne.
• Assurance (vandalisme, sinistres) : 50-100
€/an/borne.
Total OPEX moyen :
800 à 1 500 €/an par borne AC 22 kW (double
point de charge).
Pour équilibrer ces coûts, il faut estimer le
volume de recharge annuel par borne
(kWh vendus). Exemple : Une borne AC double utilisée en moyenne
2h/jour à 22 kW × 2 points × 300 jours/an = environ
26 400 kWh vendus/an. Avec un OPEX de 1 200
€/an, le prix de revient minimum est : 1 200 € / 26 400 kWh =
0,045 €/kWh. Mais ce calcul ne suffit pas, il
faut aussi tenir compte du temps d'occupation.
2. Facturation au kWh ou au temps : avantages et inconvénients :
Facturation au kWh (ex : 0,30-0,50 €/kWh) :
Avantage :
Équitable pour l'usager (il paie ce qu'il consomme), facile à
comprendre.
❌ Inconvénient : Encourage l'occupation prolongée des places
(l'usager peut laisser son véhicule branché même après la fin
de charge, sans surcoût).
Facturation au temps (ex : 1-3 €/heure) :
Avantage :
Incite à libérer rapidement la place après recharge, augmente
la rotation.
❌ Inconvénient : Pénalisant pour les véhicules à charge lente
(petite batterie ou borne AC 7 kW), moins équitable.
Facturation mixte (kWh + temps au-delà d'un seuil) :
Optimal :
Tarif au kWh pendant la charge + frais de stationnement
dissuasifs au-delà de 30 min après la fin de charge (exemple :
0,40 €/kWh + 5 €/heure de stationnement passé 30 min
post-charge). C'est le modèle recommandé par les experts en
mobilité électrique.
3. Benchmarking des tarifs pratiqués (2025) :
Pour définir un tarif attractif, comparez-vous aux opérateurs
nationaux et aux collectivités voisines :
• Bornes AC 22 kW (publiques urbaines) : 0,35
à 0,50 €/kWh (hors abonnement). Exemple : Ionity AC = 0,49
€/kWh, Paris (Belib') = 0,45 €/kWh.
•
Bornes DC rapide 50-150 kW (axes routiers) :
0,50 à 0,79 €/kWh. Exemple : Ionity DC = 0,69 €/kWh, Tesla
Supercharger = 0,53 €/kWh.
• Collectivités rurales/péri-urbaines :
Souvent 0,25-0,35 €/kWh pour favoriser l'adoption de la
mobilité électrique (politique volontariste de service
public).
Conseil : Un tarif AC autour de
0,35-0,45 €/kWh est compétitif par rapport à
la recharge à domicile (0,18-0,22 €/kWh en heures creuses)
tout en couvrant vos coûts et en restant attractif.
4. Politique de gratuité temporaire pour lancer l'adoption :
Certaines collectivités choisissent une
gratuité temporaire de la recharge (6 mois à 2 ans)
pour amorcer l'usage et faire connaître le service. Cette
stratégie peut être pertinente en début de déploiement pour
:
• Créer un effet de levier : faire connaître
les bornes, attirer les électromobilistes, créer une dynamique
d'adoption.
• Collecter des données d'usage réelles pour
calibrer la tarification future.
⚠️ Risques : Taux d'occupation élevé mais revenus nuls, risque
de "squattage" des places, difficulté de basculer vers un
tarif payant ensuite (mécontentement des usagers habitués).
Alternative recommandée : Tarif symbolique
très bas (0,10-0,15 €/kWh) plutôt que gratuité totale.
5. Transparence et communication tarifaire :
La tarification doit être
affichée clairement sur la borne, sur
l'application de paiement et sur le site web de la
collectivité. Les usagers doivent pouvoir estimer le coût de
leur recharge AVANT de brancher. Mentionnez :
• Le prix au kWh (et/ou à l'heure si applicable).
• Les éventuels frais de stationnement prolongé.
• Les modes de paiement acceptés (carte bancaire sans contact,
application, badge RFID, QR code).
Exemple d'affichage clair : "Recharge AC 22
kW : 0,40 €/kWh | Stationnement gratuit pendant la charge,
puis 3 €/h au-delà de 30 min post-charge | Paiement CB/App".
Cette transparence évite les réclamations et améliore la
satisfaction usagers.
Demandez-nous de vous accompagner dans la définition de
votre stratégie tarifaire.