Fiche Abrogée
Attention : La fiche BAR-TH-106 a été abrogée le 1er janvier 2024. Il n'est plus possible de bénéficier d'une prime CEE pour l'installation d'une chaudière gaz, même à très haute performance énergétique, à l'exception des opérations engagées avant cette date.
Cette mesure s'inscrit dans la stratégie nationale de décarbonation (voir site du Ministère). Le gouvernement privilégie désormais les solutions de chauffage bas carbone pour atteindre ses objectifs climatiques.
"Rien n'est permanent, sauf le changement."
- Héraclite
Cette citation antique illustre la dynamique des aides à la rénovation. La fiche BAR-TH-106, qui a soutenu la chaudière à condensation, est un exemple de ce changement. Abrogée, elle marque la fin d'une époque et la volonté de l'État d'accélérer la transition vers des énergies décarbonées.
Que finançait la fiche BAR-TH-106 et pourquoi était-elle importante ?
Avant son abrogation, cette fiche était un pilier du dispositif CEE pour le résidentiel. Elle concernait l'installation de chaudières utilisant un combustible gazeux (gaz naturel ou propane) ou liquide (fioul), dont l'Efficacité Énergétique Saisonnière (ETAS) était supérieure ou égale à 90 %. En pratique, seules les chaudières à condensation permettaient d'atteindre ce niveau de performance.
La technologie de la condensation permet de récupérer une partie de la chaleur latente contenue dans les fumées de combustion, qui est habituellement perdue. En condensant la vapeur d'eau présente dans ces fumées, elle libère des calories supplémentaires, améliorant ainsi le rendement de l'appareil de 15 à 20 % par rapport à une chaudière classique. Cette performance était un atout majeur pour réduire la consommation de gaz et donc les émissions de CO2 des logements.
Le saviez-vous ?
Bien que les chaudières à condensation aient été un progrès significatif en leur temps, le gaz naturel reste une énergie fossile. Brûler 1 m³ de gaz naturel émet environ 2 kg de CO2. La stratégie de décarbonation vise à réduire ces émissions au maximum en orientant les choix vers les énergies renouvelables.
Quelles sont les alternatives aujourd'hui pour remplacer votre chaudière gaz ?
Si vous devez remplacer votre chaudière gaz aujourd'hui, les aides de l'État (MaPrimeRénov') et les CEE se concentrent désormais massivement sur les systèmes de chauffage utilisant des énergies renouvelables ou des solutions hybrides, dans une logique de transition énergétique.
1. La Pompe à Chaleur (PAC) : la solution privilégiée
C'est la solution numéro un promue par les pouvoirs publics pour décarboner le chauffage résidentiel. Les PAC sont éligibles à des primes CEE très importantes (notamment via le "Coup de Pouce Chauffage") et à MaPrimeRénov'. Elles puisent la majorité de leur énergie dans l'environnement (air, eau, sol). Pour plus de détails, consultez nos fiches dédiées :
- PAC Air/Eau (BAR-TH-171) : Idéale en remplacement d'une chaudière, elle se raccorde sur le réseau de radiateurs existant. Elle capte les calories de l'air extérieur.
- PAC Eau/Eau ou Sol/Eau (Géothermie) (BAR-TH-172) : Encore plus performante et stable, elle puise la chaleur dans le sol ou la nappe phréatique. Un investissement plus lourd mais un rendement exceptionnel.
- PAC Hybride (BAR-TH-159) : Associant une PAC et une chaudière gaz (la chaudière gaz ne vient qu'en appoint par grand froid). Ce système reste éligible aux CEE.
2. La Chaudière Biomasse : l'alternative bas carbone
Pour les maisons individuelles, notamment celles qui ne sont pas adaptées à la pompe à chaleur (mauvaise isolation, climat très rigoureux, ou réseau de radiateurs anciens à haute température), la chaudière à granulés ou à bûches (BAR-TH-113) est une excellente alternative. Elle utilise une énergie renouvelable locale (le bois) et est fortement soutenue par les aides, pouvant atteindre des niveaux de primes très élevés.
3. Le Système Solaire Combiné (SSC) : l'énergie solaire au service du chauffage
Ce système utilise l'énergie solaire pour produire à la fois le chauffage et l'eau chaude sanitaire de votre logement. Il est éligible à la fiche BAR-TH-143 et représente une solution très écologique et économique pour réduire drastiquement vos besoins en énergie fossile. Un appoint est toujours nécessaire, mais la part solaire est majoritaire.
Historique : conditions et montants (pour mémoire)
Avant son abrogation, la fiche BAR-TH-106 imposait :
- Une ETAS (Efficacité Énergétique Saisonnière) supérieure ou égale à 90 %.
- L'installation d'un régulateur de classe IV minimum.
- Une puissance ≤ 70 kW.
- La réalisation par un professionnel RGE (Reconnu Garant de l'Environnement).
La prime variait selon la zone climatique et la surface du logement, mais était nettement inférieure aux primes actuelles pour les pompes à chaleur, reflétant la nouvelle orientation politique vers le "tout électrique" renouvelable pour le chauffage. La suppression des aides pour les chaudières gaz s'inscrit dans un mouvement global visant à sortir progressivement des énergies fossiles pour le chauffage résidentiel, en cohérence avec les objectifs de neutralité carbone fixés par l'Union Européenne.
Contexte de l'Abrogation : La Politique de Décarbonation
L'abrogation de la fiche BAR-TH-106 ne s'est pas faite du jour au lendemain. Elle résulte d'une stratégie gouvernementale mûrement réfléchie, inscrite dans la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) et la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE). Cette décision s'appuie sur plusieurs constats scientifiques et politiques majeurs :
Les Raisons de la Sortie du Chauffage Gaz
- Émissions de CO2 incompressibles : Même avec une chaudière à condensation très performante (ETAS 92-96 %), la combustion du gaz naturel émet environ 227 g de CO2 par kWh produit. Pour un logement moyen chauffé au gaz (15 000 kWh/an), cela représente plus de 3,4 tonnes de CO2 par an.
- Dépendance énergétique : La France importe plus de 98 % de son gaz naturel. La crise énergétique de 2022-2023 a mis en lumière la vulnérabilité de cette dépendance, avec des prix multipliés par 3 à 5 en quelques mois.
- Objectifs climatiques contraignants : Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, la France doit réduire drastiquement les émissions du bâtiment, responsable de 20 % des émissions nationales. Le chauffage représente à lui seul 60 % de la consommation d'énergie d'un logement.
- Maturité des alternatives : Les pompes à chaleur, longtemps considérées comme peu adaptées au climat français, ont connu d'importants progrès technologiques. Les modèles actuels fonctionnent efficacement jusqu'à -20°C et affichent des rendements (COP) de 3 à 5, soit 3 à 5 fois moins d'énergie primaire consommée.
Calendrier de la Transition
L'arrêt des aides pour les chaudières gaz s'inscrit dans un calendrier progressif :
- 2021 : Les chaudières gaz (y compris à condensation) deviennent interdites dans les constructions neuves à partir du 1er janvier 2022 par la RE2020.
- 2023 : Annonce de l'abrogation de la fiche BAR-TH-106 pour le 1er janvier 2024, laissant aux professionnels et particuliers le temps de s'adapter.
- 2024 : Fin des aides CEE pour les chaudières gaz dans l'existant. Renforcement massif des aides pour les PAC.
- 2025-2030 : Objectif de montée en puissance du remplacement des chaudières fossiles par des solutions renouvelables, avec un objectif de 1 million de PAC installées par an.
Comparatif Économique : Chaudière Gaz vs. Alternatives 2024
Pour aider à la décision, voici un comparatif économique sur 15 ans pour un logement de 100 m² en zone H1 (climat rigoureux), nécessitant 15 000 kWh/an de chauffage :
| Solution | Investissement initial* | Aides 2024** | Coût annuel énergie*** | Coût total 15 ans |
|---|---|---|---|---|
| Chaudière Gaz Condensation | 5 000 € | 0 € | 1 500 € (gaz à 0,10 €/kWh) | 27 500 € |
| PAC Air/Eau (SCOP 3,5) | 12 000 € | 5 000 à 9 000 € | 740 € (élec à 0,1727 €/kWh) | 14 100 € à 18 100 € |
| Chaudière Granulés | 14 000 € | 6 000 à 10 000 € | 600 € (granulés à 0,08 €/kWh) | 13 000 € à 17 000 € |
*Installation comprise. **Selon revenus du ménage (modeste/très modeste). ***Coût 2024, hors évolution tarifaire.
Conclusion du comparatif : Même avec un investissement initial plus élevé, les solutions renouvelables (PAC et biomasse) deviennent plus économiques dès 6-8 ans grâce aux aides importantes et aux coûts d'exploitation réduits. Sur 15 ans, l'économie peut atteindre 10 000 à 14 000 € par rapport à une chaudière gaz sans aide.
Conseils Pratiques pour Bien Choisir Votre Alternative
Face à cette transition obligée, voici nos recommandations pour faire le bon choix en fonction de votre situation :
Vous Êtes en Copropriété avec Chauffage Collectif Gaz
La question se pose différemment. Le remplacement de la chaudière collective peut être orienté vers une PAC collective de grande puissance, un raccordement à un réseau de chaleur urbain (si disponible), ou une chaudière biomasse collective. Ces solutions bénéficient de fiches CEE dédiées (BAT-TH-113, BAT-TH-127, etc.) avec des aides substantielles. Une étude thermique et technique par un bureau d'études spécialisé est indispensable pour définir la solution optimale.
Votre logement est mal isolé
Si votre logement est une "passoire thermique" (DPE F ou G), installer une PAC sans améliorer l'isolation serait une erreur. La PAC aurait besoin de fonctionner à haute température (diminuant son rendement) et consommerait beaucoup d'électricité. La bonne approche : commencer par l'isolation (toiture, murs, fenêtres) grâce aux fiches BAR-EN-101, BAR-EN-102, BAR-EN-103, BAR-EN-104, puis installer la PAC. Cette approche, dite de "rénovation performante par étape", est aujourd'hui encouragée par MaPrimeRénov' Parcours Accompagné.
Vous Habitez en Zone Rurale avec Accès au Bois
La chaudière à granulés ou à bûches est une excellente option. Elle valorise une ressource locale, renouvelable et peu coûteuse. Les granulés de bois (pellets) sont moins chers que le gaz, et leur prix est plus stable. De plus, les aides (MaPrimeRénov' et CEE cumulées) peuvent couvrir jusqu'à 70-90 % de l'investissement pour les ménages modestes.
Questions fréquentes
J'ai un devis signé en 2023, ai-je droit à la prime ?
Oui, si votre devis a été signé (date d'engagement) avant le 1er janvier 2024, vous restez éligible à la prime CEE BAR-TH-106, même si les travaux sont réalisés et facturés en 2024. Veillez à respecter les délais de réalisation indiqués dans votre contrat CEE. Il est essentiel de conserver toutes les preuves (devis signé et daté, factures) pour votre dossier afin de valider votre éligibilité.
Puis-je encore installer une chaudière gaz ?
Oui, l'installation d'une chaudière gaz n'est pas interdite dans les logements existants (contrairement aux logements neufs où elle est fortement limitée, voire interdite). Vous pouvez tout à fait en installer une, mais vous devrez la financer intégralement sans aide de l'État ni CEE (sauf TVA réduite à 5,5 % ou 10 % pour certains travaux liés). Les aides sont désormais orientées vers la sortie des énergies fossiles.
Qu'en est-il du bio-méthane ou du gaz vert ?
Bien que le bio-méthane soit une énergie renouvelable, le dispositif CEE actuel ne distingue pas le gaz "vert" du gaz naturel fossile pour les chaudières individuelles. Ainsi, même avec du bio-méthane, l'installation d'une chaudière gaz ne donne plus droit à la prime BAR-TH-106. Les aides se concentrent sur les technologies qui évitent la combustion de gaz à l'échelle du logement.
Quelles sont les implications pour les futurs projets de rénovation ?
Pour les futurs projets de rénovation, il est fortement recommandé de s'orienter vers des solutions de chauffage renouvelables comme la pompe à chaleur ou la chaudière biomasse. Ces équipements sont désormais les seuls à bénéficier des aides significatives, en ligne avec les objectifs de neutralité carbone de la France d'ici 2050. Ignorer ces directives pourrait entraîner des coûts de chauffage plus élevés et une dévalorisation du bien à long terme.